Entretien avec Josep Roig: "L'Amérique Latine accueillera deux événements clés dans l'agenda mondial: le Sommet Mondial de CGLU et la Conférence Habitat III"

Entretien avec Josep Roig: "L'Amérique Latine accueillera deux événements clés dans l'agenda mondial: le Sommet Mondial de CGLU et la Conférence Habitat III"

Après l’adoption des Objectifs du développement durable (ODD) en septembre à New York, nous nous trouvons au seuil de la célébration de deux autres événements qui marqueront la feuille de route des gouvernements locaux et régionaux : le 5e Congrès de CGLU à Bogotá et la Conférence Habitat III en octobre 2016, pendant laquelle sera défini le futur agenda urbain. 

L'Amérique Latine accueillera ces deux événements clés dans l'agenda mondial, deux événements au cours desquels seront identifiés non seulement les enjeux, mais aussi les possibles solutions qui permettront de définir les villes du futur. A une époque où le potentiel de transformation de l'urbanisation bénéficie d'une plus grande reconnaissance de la part de la communauté internationale, le futur agenda urbain devra accorder un rôle clé aux villes et zones urbaines, et à leurs liens avec les zones rurales, afin de bâtir un avenir durable.
Dans la présentation ci-dessous, le Secrétariat Mondial de CGLU détaille les enjeux et les attentes des gouvernements locaux et régionaux lors de ce processus de définition qui se conclura par la Conférence Habitat III. Le Congrès de Bogotá et la présence en première ligne des maires du monde et notamment ceux de la région latino-américaine, seront des éléments décisifs pour la définition du futur agenda urbain. 

 

1. Quels sont les enjeux du nouvel agenda urbain mondial ?

Le futur agenda urbain, ou Habitat III, devra faire face aux importants défis et aux opportunités que génère la croissance des zones urbaines. Il faudra concevoir un nouveau modèle de développement territorial adapté aux rapides changements urbains, démographiques et environnementaux. L'agenda devra aussi intégrer la contribution des villes et des gouvernements locaux aux futurs Objectifs de développement durable après 2015. De plus, il faudra définir une nouvelle architecture de gouvernance mondiale pour assurer le suivi de cet agenda urbain durable.
 
Selon les données présentées par les Nations Unies, d’ici à 2050, 2 500 millions de personnes en plus résideront dans les zones urbaines et la quasi-totalité viendront de pays en développement. Aujourd'hui, huit cent millions de personnes vivent dans des zones informelles. Le futur agenda urbain devra donc trouver des solutions qui permettent de garantir l'accès universel de cette population aux services de base, afin d'éviter que ce processus accéléré d'urbanisation ne creuse la ségrégation et les inégalités. En dépendront non seulement la réduction de la pauvreté, le développement économique et l'adaptation au changement climatique, mais aussi la définition de nouveaux modèles de villes et de sociétés fondées sur la protection des biens communs et la participation citoyenne aux prises de décisions.
 

2. Pourquoi l'Amérique Latine a-t-elle été choisie pour accueillir Habitat III (Quito) et le 5e Congrès Mondial de Cités et Gouvernements Locaux Unis ? 

Ces 30 dernières années, la population urbaine d'Amérique Latine est passée de 64 à 80%, faisant de cette région la plus urbanisée de la planète après l'Amérique du Nord. Si l'on suit les tendances actuelles de croissance, la population urbaine pourrait atteindre 87% d'ici à 2025. D'où la pertinence du choix de l'Amérique Latine pour accueillir ces deux événements clés au cours desquels seront identifiés les enjeux et les possibles solutions pour définir les villes du futur.
 
Quito, tout comme Bogotá, sont des villes étroitement liées au mouvement municipal mondial.  Accueillir la Conférence Habitat III et le Congrès de Cités et Gouvernements Locaux Unis respectivement représentent une opportunité unique.
 
CGLU espère ainsi contribuer au renforcement du mouvement municipal régional en Amérique Latine pendant les préparatifs de la conférence, s'appuyant sur les solides relations qui existent entre ses membres et les réseaux de la région. Le Congrès de Bogotá et l'implication des maires de la région seront décisifs. Les importants engagements pris par l'actuel maire de Bogotá dans le cadre de l'agenda international en 2014 et 2015 représentent d'excellentes bases à partir desquelles développer un solide agenda des villes et des territoires pour le siècle à venir. 
 
Habitat III sera, par ailleurs, une opportunité unique de renforcer l'engagement mondial en faveur de l'urbanisation durable et de se centrer sur la mise en œuvre du « nouvel agenda urbain », établi sur la base du Programme d'Habitat à Istanbul en 1996. Les leçons apprises des villes et des gouvernements locaux d'Amérique Latine devraient servir de références pour les solutions proposées dans l'agenda.
 
Par ailleurs, le Sommet mondial des élus locaux et régionaux, 5e Congrès Mondial de CGLU renforcera les liens entre CGLU et les membres de la région, établissant l'Agenda des gouvernements locaux et régionaux pour le 21e siècle, qui formera la base des propositions présentées par les gouvernements locaux et régionaux pour le futur Agenda Habitat III à Quito, lors de la Seconde assemblée des gouvernements locaux et régionaux.
 

3. Pourquoi les villes doivent-elles s'impliquer dans les discussions autour de l'agenda urbain international ?

« Istanbul et de nombreuses villes membres de CGLU ont à leur charge davantage de citoyens que certains Etats membres de l'ONU. Notre agenda de concerne pas les grandes villes ou les petites villes ; il s'agit d'un agenda de proximité qui prend en compte les nécessités de nos communautés. » Le Président de CGLU a fréquemment répété ces idées lors des forums internationaux. Ce sont ces phrases qui ont guidé les contributions présentées au Panel international qui a eu un rôle de conseil auprès du Secrétaire Général de l'ONU lors de la production du rapport initial de l'Agenda post-2015.
 
Qui, mieux que les élus locaux, peut contribuer à la définition de l'agenda urbain qui sera mis en œuvre ces deux prochaines décennies ? La clé de la réussite du futur agenda urbain reposera, dans de nombreux cas, sur les tâches quotidiennes qui incombent aux villes. Nous sommes convaincus que le travail qu'effectuent les gouvernements locaux sur le terrain est en permanence lié à des facteurs comme la planification urbaine, le développement économique, les ajustements budgétaires ou encore la prestation de services de base.
 
Habitat III représente l'opportunité d'établir un lien avec la réalité que vivent les communautés. Nous ne pouvons pas laisser les gouvernements nationaux, ni la communautés internationale, qui sont si éloignés de la réalité des citoyens, être les seuls à décider des facteurs qui détermineront l'existence des villes de périphérie, l'éradication de la pauvreté extrême, l'accès de la population aux services de base comme l'eau, l'assainissement, la santé ou l'éducation, et la construction d'un avenir durable. Dans cette perspective, il faut développer un nouveau type de participation, plus proche des nécessités des communautés : la participation des gouvernements locaux et régionaux.
 
N'oublions pas qu'en tant qu'espaces d'innovation économique et productive, les villes offrent des opportunités pour améliorer l'accès aux ressources et aux services, ainsi que différentes options en matière de services sociaux, économiques, culturels et environnementaux. L'urbanisation représente notre principal défi, mais également une grande opportunité pour la croissance économique, le développement et la prospérité de nombreuses zones urbaines. C'est pourquoi il est essentiel de tirer bénéfice de ce phénomène et du potentiel des villes.
 
Des concepts comme les villes humaines et le droit à la ville doivent former la colonne vertébrale des solutions à ces défis mondiaux que représentent le développement et la durabilité.
 
De plus, afin de rendre possibles les transformations urbaines, il faut établir des mécanismes adéquats de gouvernance et de financement locaux. Pour mettre un terme aux inégalités à l'avenir, il faut dès aujourd’hui doter les gouvernements locaux et régionaux des ressources et des compétences légales nécessaires pour qu'ils puissent répondre aux besoins des citoyens et faciliter les voix des plus défavorisés. C'est pourquoi les villes jouent un rôle si important dans les discussions sur l'agenda urbain international et la construction d'un avenir durable.
  

4. Comment les réseaux de villes et autres acteurs (société civile, secteur privé,...) peuvent-ils contribuer à la construction du nouvel agenda de développement urbain ?

Les gouvernements locaux et régionaux sont déjà en train de travailler pour renforcer et étendre leurs alliances avec la société civile, tant à l'échelle locale que mondiale. Nous tenons à nous assurer que les citoyens fassent entendre leur voix pour définir les villes de l'avenir, ainsi que le futur agenda urbain. Seule une véritable association mondiale incluant tous les acteurs du développement urbain permettra que les programmes comme Habitat III ou l'Agenda 2030 pour le développement durable soient viables sur le long terme.
 
Comment nous y prenons-nous ? Il s'agit en effet d'une vaste tâche et CGLU, en sa qualité de principale organisation généraliste qui représente les réseaux de gouvernements locaux et régionaux, a commencé à travailler sur une série de consultations pour développer l'Agenda mondial des gouvernements locaux et régionaux pour le 21e siècle
 
Nous sommes convaincus que l'engagement des villes en faveur de la participation des citoyens sera la clé de la réussite pour le futur agenda mondial et c'est pourquoi nous avons lancé ces consultations auprès de nos membres et d'experts venant du monde entier. Les consultations ont pour but de garantir que le futur Agenda mondial des gouvernements locaux et régionaux pour le 21e siècle prenne en compte les préoccupations et les priorités de nos membres, dans toute leur diversité. Ainsi, sa réalisation se fonde sur l'idée d'identifier les questions d'intérêt commun pour les gouvernements locaux, la société civile et d'autres acteurs intéressés, afin de forger des alliances en vue des négociations d'Habitat.
 
Notre intention est de continuer à faciliter la Global Taskforce des gouvernements locaux et régionaux (GTF), qui rassemble tous les principaux réseaux de gouvernements locaux et régionaux travaillant ensemble à garantir une représentation conjointe pour l’ Agenda 2030 pour le développement durable et Habitat III, et qui sera présente à Quito pour la Conférence Habitat III. De fait, la GTF travaille déjà à préparer la Seconde Assemblée mondiale des gouvernements locaux et régionaux, organisée à Bogotá et à Quito en 2016, dans le cadre de la Conférence Habitat III en octobre. Cette Assemblée permettra de présenter les perspectives communes des gouvernements locaux et régionaux sur le futur agenda urbain.
 
Dans ce processus, l'établissement d'un agenda commun avec la société civile sur le droit à la ville, l'inclusion et la participation active des citoyens, joue un rôle important qui doit se traduire par la promotion de politiques concrètes, définies à l'échelle locale mais inscrites dans le cadre de la nouvelle architecture de gouvernance mondiale.
 
Pour nous, l'enjeu est que la déclaration qui sera définie lors de l'Assemblée mondiale des gouvernements locaux et régionaux à Bogotá et à Quito reflète les priorités communes et les visions des élus locaux, en harmonie avec leurs citoyens et les autres acteurs impliqués.
 

5. Quels résultats attendre ? 

Le succès de l'agenda dépendra en grande partie de sa mise en œuvre à l'échelon local. C'est pourquoi la Global Taskforce plaide pour la  « localisation » de l'agenda. Cette mise en œuvre locale suppose le développement d'indicateurs désagrégés pour assurer le suivi de l'agenda à l'échelle infranationale et allouer aux localités en difficulté les ressources nécessaires. L'insuffisance des ressources au niveau local a été identifiée comme l'un des principaux points faibles des OMD. Il est indispensable que les gouvernements locaux disposent des compétences et des ressources nécessaires pour assumer leurs responsabilités et pouvoir répondre aux besoins des citoyens.
 
En outre, considérant la reconnaissance du rôle clé que jouent les gouvernements locaux et régionaux, nous espérons qu'Habitat III s'inspire de l'esprit d'Habitat II et de l'agenda urbain signé en 1996 à Istanbul. Dans cet agenda, les gouvernements locaux étaient reconnus parmi les principaux associés d'ONU Habitat pour la mise en œuvre du programme d'Habitat.
 
Au sein de CGLU, nous espérons que soit défini un accord mondial pour la mise en œuvre locale de l'agenda urbain, avec un mécanisme de suivi mondial dans lequel tous les acteurs, et notamment les gouvernements locaux, pourront prendre part à la prise de décisions. Nous espérons également que l'urbanisation cesse d'être considérée comme un épiphénomène dans l'agenda de développement mondial.
 
Pour ce faire, nous devrons dépasser la notion selon laquelle les décisions portant sur l'agenda mondial relèvent uniquement des Etats nations. En outre, il faut enrichir une réflexion multilatérale non déterminée par les intérêts nationaux et intérieurs.
 
Un premier pas dans cette direction consisterait à attribuer aux organisations de villes et de territoires, actuellement accréditées auprès de l'ONU comme ONG, une accréditation spécifique comme instances de gouvernement. Dans cette perspective, le Comité préparatoire de Djakarta en juillet 2016 représentera une grande opportunité.

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